Le conte de la petite fille qu’on appelait toujours « ma grande »

J’ai découvert un bijou de livre ! Bien entendu, il n’est pas nouveau, il est même plutôt vieux ! 😉 édité en 1993 aux éditions Albain Michel, Contes à guérir, contes à grandir de Jacques Salomé est un recueil de petits contes thérapeutiques.

Sous forme de métaphores ou d’animaux personnifiés, l’auteur aborde bien des sujets familiaux et autres sujets tabous, comme l’inceste, l’alcoolisme ou la dépression.

Lire un conte bien choisi, à son enfant, doit permettre d’ouvrir une discussion. Et cela a même permis à des enfants de « guérir ». J’ai lu récemment le témoignage d’une maman qui a écrit « Mon enfant s’est arrêté de tousser après qu’on ait lu ensemble et discuté du conte « La petite libellule qui avait une toux chronique ».
Les contes parce qu’ils renvoient à l’imaginaire, puis engendrent des émotions, permettent bien souvent de poser des mots sur des maux, tout en douceur…

Aujourd’hui j’avais envie de vous partager l’un d’eux.

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Le conte de la petite fille qu’on appelait toujours « ma grande » de Jacques Salomé.

Il était une fois une petite fille qui avait grandi trop vite, trop rapidement. Non seulement dans son corps, dans ses jambes, dans ses bras, mais dans tout le reste. À huit ans, on lui demandait d’être serviable, attentif, raisonnable.
– « De ne pas se plaindre, de ne pas se mettre en colère, de ne pas faire de caprices, de ne pas avoir d’exigences. » D’être grande, quoi !
Ne croyez pas que ses parents étaient des bourreaux. Au non, ils il lui demandaient simplement :
– « Fais nous plaisir. Seulement cela, je ne te demande rien d’autre que d’être gentille, que d’être obéissante… Ce n’est pas difficile, ça ! »

Comme cette petite fille n’avait jamais osé demander quelque chose, elle n’était jamais déçue. Elle ne savait pas si elle était heureuse ou pas. Elle n’avait pas de désir propre. Elle était sans attente. C’était les autres qui avaient des attentes à son égard. Et son plaisir à elle… Était de faire plaisir… Aux autres !
Du moins l’imaginait-elle. Quelque chose cependant aurait dû l’alerter, car les autres ne témoignaient pas beaucoup du plaisir qu’ils avaient à ce qu’elle soit « comme elle devait être ». Pour eux, cela allait de soi.

Pour être tout à fait juste, je dois dire que quelques fois, le soir juste avant de s’endormir, quand elle suçait son pouce, le drap sous le nez, les yeux ouverts dans le noir, un sentiment d’injustice l’effleurait de son aile noire. Oh… À peine !
Elle est imaginait aussi qu’il y avait un pays où les petites filles pouvaient être petites longtemps, longtemps. Un pays où les parents écoutaient les désirs des enfants, même si ils ne les réalisaient pas toujours. Un pays où les enfants pouvaient jouer à être grand, mais seulement jouer… À être grand !

Certains soirs, elle imaginait qu’elle partait pour ce pays, avec un grand sac et qu’elle emplissait de rêve, de jeux, de rire et aussi de sanglots.
Car vous l’avez deviné cette petite fille ne pleurait pas du tout… « puisqu’elle était grande ».

La suite de l’histoire est étonnante.

Il faudra que cette petite fille attende d’avoir quarante ans. Vous m’avez bien entendu, 40 ans, pour oser devenir petite, pour oser avoir des désirs impossibles, pour oser pleurer et rire. Pour oser danser et même faire des bêtises.
Elle avait déjà à l’époque des enfants et un jour sa propre fille lui demanda :
– « C’est vrai, maman que tu n’as jamais pu être petite quand tu étais petite ? »
C’est vrai, j’ai vécu comme si je n’avais jamais eu ni le temps, ni l’idée, ni la possibilité d’être petite. Oui, très tôt, lui dit-elle, je suis devenue grande. C’est seulement aujourd’hui que je comprends.

Tout s’est passé comme si mes propres parents n’avaient pas eu le temps de grandir, quand ils étaient enfants, et que moi je devais être grande pour eux…
Il arrive parfois à des ex petites filles d’attendre longtemps, longtemps pour oser être enfin petites…

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Si j’ai choisi ce conte en premier c’est que je trouve qu’il aborde plusieurs sujets qui me tiennent à cœur !

  • L’enfance
  • Le poids des étiquettes
  • Les émotions
  • La loyauté familiale
  • Et quelque part la parentalité ludique

Toutefois, c’est ma propre interprétation… et vous pouvez avoir la vôtre ! C’est ce qui fait toute la puissance des contes ;-).

Le propre de l’enfant est de rire, pleurer, jouer, se salir, crier … Un enfant n’a pas de filtre, il vit le plus naturellement, il exprime ses émotions sans se soucier des autres… Laissons donc nos enfants de vivre leur enfance pleinement, la vie est trop courte !

Et vous, ce conte vous a-t-il parlé ? En connaissez-vous d’autres ? Avez-vous envie de lire davantage ? Dites-moi tout ça dans les commentaires 🙂 

Par ailleurs, si vous souhaitez savoir pourquoi je lis des histoires à mes enfants, je vous invite à lire cet article !

2 thoughts on “Le conte de la petite fille qu’on appelait toujours « ma grande »

  1. Bonjour Violaine,
    Comment vas-tu? Je me viens de me rendre compte que depuis que tu n’envoies plus l’alerte mail pour tes nouveaux articles, j’en ai raté plein! Heureusement que le mois de mai est plein de trous, je vais pouvoir me rattraper!
    Ce conte me touche particulièrement. Parce que je l’ai vécu un peu. Cependant, maintenant que je suis maman, je comprends aussi la difficulté de trouver la frontière entre faire grandir un enfant trop vite et lui apprendre a vivre en société.
    A l’heure actuelle, ce conte m’a fait penser à mon fils de 4 ans. Plein de peurs, de colère. Nous le travaillons ensemble bien sûr, nous avons une belle bibliothèque d’outils. Cependant, faire du bruit (surtout au moment du coucher qui, je pense, est une vraie angoisse pour lui) est un défouloir, une façon de faire face. Sauf que nous vivons en appartement. Et que mes voisins d’en dessous ne sont pas d’accord. Difficile de trouver la bonne voie. La voie juste. Parfois la pression est tellement forte que j’ai envie de hurler.
    Je te remercie beaucoup de ton attention et de tous tes conseils. Ils améliorent des vies. J’espère que tu le sais. =D
    Je te fais des bises et te dis à bientôt de te lire!
    Virginie.

    1. Bonjour Virginie,
      Je te remercie pour ton témoignage que je trouve extrêmement touchant. J’entends bien ta détresse face à ton fils qui exprime son angoisse le soir. J’imagine bien que tu as déjà beaucoup d’outils et que tu fais de ton mieux ! Connais-tu à tout hasard Petit Rituel Zen, 30 histoires relaxantes pour s’endormir le soir de chez Mango ? De super fiches pour un bon moment avant de dormir : https://amzn.to/2rJSPzL… je vais en faire un article d’ailleurs bientôt ! ;-). Je te remercie de ta confiance et t’envoie tout mon courage.

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