Obéissance ou coopération ? A la lumière des neurosciences

 

Habille toi, range ta chambre, va te laver les dents, couche toi, laisse ta soeur tranquille ! etc. J’imagine que vous êtes comme moi, on s’use à répéter 15 fois les mêmes choses à nos enfants.

Personnellement, j’ai été éduqué au 1-2-3-4-4 et demi- 5 ! Et tape sur la main, si je n’obéissais pas.

Ah ! l’obéissance, chère à mon père et donc à mes grands-parents et à mes arrières grands-parents et…. bref à mes aïeux ! L’obéissance : une histoire transgénérationnelle ! Nous avons été éduqué à obéir, nous éduquons à obéir...

Voici la définition du Larousse du verbe obéir :

  1. Se soumettre à la volonté de quelqu’un, à un règlement, exécuter un ordre : Obéir à ses parents, à la loi.
  2. Céder à une incitation, un sentiment, etc. : Obéir à ses instincts.
  3. Répondre au mouvement commandé, fonctionner correctement : Les freins n’obéissent plus. Mes jambes refusent d’obéir.
  4. Être soumis à une force, une action, une règle par une nécessité naturelle : Les corps obéissent à la pesanteur.

“soumettre, exécuter, céder, commandé, être soumis à une force” : ce champ lexical nous éloigne de l’éducation positive et bienveillante, non. ?

Si obéissance = soumission 

Regardons la définition de coopérer, toujours selon le Larousse.

Prendre part, concourir à une œuvre commune ; contribuer, participer, collaborer.

Coopération = contribution

Est-ce qu’on souhaite que nos enfants se soumettent ou qu’ils participent à …?

L’obéissance reste cependant bien ancrée dans les racines de notre éducation. Le preuve en est,  je suis tombée sur cette blague carambar dernièrement :

Quelles sont les trois lettres préférées des parents ?

Réponse : O-B-I

Les blagues sont bien le reflet de nos sociétés, non ?

Mais ça c’était avant les apports des neurosciences !

C’était avant de connaître le fonctionnement du cerveau

A ce propos, je ne peux que vous conseiller cet excellent livre : le cerveau de votre enfant : Manuel d’éducation positive pour les parents d’aujourd’hui, du Dr Daniel J. Sieget, Tina Payne Bryson, préfacé par Isabelle Filliozat.

Pour faire court : “Notre hémisphère droit traite les informations corporelles, non verbales, les sensations, les émotions, les images. Le cerveau gauche traite le langage, la logique analytique, il interprète les informations de manière littérale […]. Si une tempête émotionnelle sévit dans le cerveau droit, inutile d’appeler l’enfant à la raison ! Nous avons beau le savoir avouons-le, il nous arrive pourtant de tenter de le raisonner…”.

  • “En terme de développement, les très jeunes enfants ont un hémisphère droit dominant, en particulier pendant les trois premières années de leur vie. Ils ne maîtrisent pas encore la logique et la parole pour exprimer leurs émotions, et vivent uniquement l’instant– ce qui explique pourquoi un enfant est capable de s’arrêter au milieu d’un trottoir pour étudier une coccinelle alors qu’il est en retard pour son cours d’initiation musicale.”

Comme l’explique Isabelle Filliozat :

« Quand l’enfant obéit à un ordre, son cerveau frontal reste inactif. Quand vous le faites réfléchir, quand vous lui offrez des choix et lui laissez de l’espace de décision personnelle vous lui proposer de mobiliser son cerveau frontal, celui qui permet de décider, penser, anticiper, prévoir et par conséquent de devenir responsable. »

Maintenant, on sait que :

  • Jusqu’à 15 mois un enfant ne peut tout simplement pas intégrer une règle. En effet, le cerveau n’est pas encore mature pour conceptualiser, or une règle est un concept.

Donc avant 2 ans, l’enfant ne fait pas de “bêtise“, car il n’a pas d’intention malveillante, simplement il explore, il expérimente.

On va donc REDIRIGER, réorienter par le corps.

Par exemple : on va le faire descendre du canapé et lui montrer : oui, tu peux jouer ici sur le tapis. Ou bien je dis : “tu restes sur le sol”. Pour s’approprier une consigne, le jeune enfant a besoin de l’intégrer par le corps.

De même pour le “range ta chambre” : si on ne montre pas à l’enfant ce que signifie “ranger” pour nous, il y peu de chance pour que la chambre soit rangée selon nos critères. Nous allons donc ACCOMPAGNER l’enfant, c’est à dire faire avec, à ces côtés, lui montrer ce qu’on appelle “ranger sa chambre”, et l’on va adapter, bien entendu la tache à l’âge/ la capacité de l’enfant.

  • De plus, le cerveau humain n’est pas câblé pour la négation, encore moins lorsqu’il s’agit d’un enfant !

Si je vous demande maintenant : NE pensez PAS à une girafe en tutu rose !

Qu’est ce qu’il s’est passé ? Vous avez pensé à une girafe en tutu rose ? Mais pourtant je vous avais dis de NE PAS le faire ! Vous vous moquez de moi, vous ne m’écoutez jamais !!! ;-)…

Ca vous parle ? Oui, notre cerveau déteste le vide et chez les enfants encore plus  !

Préférer donc le STOP plutôt que NON.

Alors, comment passer du mode “obéissance” au mode coopération ?

cooperation

Affichez les règles et les routines :

Déjà (si vos enfants ont plus de 2 ans), avez-vous établi des règles, des routines ? Si vous n’avez pas encore co-construit des règles de vie, je vous invite à faire cet exercice en famille :

Rassemblez toute la famille autour de la table et établissez ensemble les règles de la maison.

D’abord notez tout ce qui vient. Tout ! Sans juger, sans argumenter…

Puis débattez ensemble, en s’écoutant et en respectant la parole de chacun afin de ne garder les règles qui font l’unanimité.

Pour vous aider, voici un petit outil qui peut vous aider pour définir une règle: les 6 C.

La règle des 6 C 

La règle doit être :

  1. Claire :  “Ne rentre pas trop tard” sera remplacé par “j‘attends de toi sue tu sois rentré à 18H30 maximum
  2. Connue d’avance : Il est impossible de suivre une règle si on ne l’a pas apprise, si on en a pas connaissance avant…
  3. Cohérente : L’enfant se développe par mimétisme, alors attention à l’exemple que l’on donne. Ex : Je ne demande pas à mon enfant de passer moins de temps devant sa tablette, si moi-même je suis toujours derrière mon ordinateur ;-).
  4. Constante : La règle ne va pas changer selon mon humeur.
  5. Co-construite : Nous sommes plus enclin à suivre une règle que nous avons décidé plutôt que de se la voir imposée.
  6. Conséquences (peut avoir des) : sans forcément parler de punition ou de récompenses, l’enfant doit apprendre que le non respect des règles a des conséquences… (on y reviendra dans un article prochain).

Une fois que les règles sont décidées, écrivez-les et accrochez-les dans un endroit visible on tout le monde pourra s’y référer quand il y aura besoin (perso, j’aime bien le frigo ;-)). L’avantage est que vous n’avez plu qu’à rappeler les règles plutôt que de les imposer.

Idem pour les routines (du matin, du soir), affichez les.

Les règles et les routines aident à la sécurisation de l’enfant et à son développement, ne sous-estimez pas leurs pouvoirs !

VERBALISER :

Chez Faber et Mazlish, pour susciter la coopération d’un enfant/ado, vous pouvez :

1- Décrire le problème plutôt que donner des ordres.

Pour rendre son cerveau actif, nous pouvons DECRIRE le problème ou l’action.

Exemple : Quand j’entre dans ta chambre, je ne peux pas poser un pied. Je vois tous tes jouets par terre.

Dans cette observation, l’enfant va déduire” le problème “et donc va pouvoir élaborer une solution en activant son cerveau frontal (celui qui réfléchit, observe, déduit et manage l’empathie). Un ordre, au contraire, mobilise le cerveau reptilien et empêche de ce fait toute réflexion et élaboration.

2- Donner de l’information :

Les couverts sont faits pour manger.

3- Le dire en 1 mot.

exemple : Pyjama ! (l’enfant déduira par lui-même, il est l’heure de mettre mon pyjama)

4- Décrire ce que vous ressentez :

Je n’aime pas devoir passer derrière toi pour ramasser. J’aimerai pouvoir me reposer ou je préférerai jouer avec toi.

5- Ecrire une note : soyez créatif, c’est très ludique comme exercice. Oui, il y a du vécu 😉

Toujours dans l’idée de rendre actif le cerveau fontral, vous pouvez aussi :

Poser des questions :

Quel temps fait-il dehors ? Quand il pleut, on met quoi ?

Proposer un choix :

Tu préfères mettre ta capuche ou prendre le parapluie ? Attention avant 2 ans et demi, le choix est encore aléatoire.

Mais dans toutes ces proposition, celle qui je préfère : la coopération par le jeu.

La coopération ludique :

Dans “Parents épanouis, enfants épanouis” Faber et Mazlish disent : “N’essayez pas de les faire changer d’idée ; changez l’humeur”, et c’est ce que je prône dans le parentage ludique.

Pour la petite histoire :

Ce matin, mon fils de 3 ans et demi refuse de s’habiller pour aller à l’école (classique !). Je repense aux habiletés apprises dans les ateliers Faber et Mazlish.

Je reformule : Ah tu ne veux pas t’habiller…

J’accueille les émotions : hum.. tu n’as pas l’air de vouloir t’habiller.

Je décris ce que je ressens : Tu sais, j’ai besoin qu’on soit à l’heure à l’école ce matin.

Lui : non ! je veux pas !

Je propose un choix :

-Tu veux t’habiller avant ou après le petit déjeuner ?

– Non, rien !

Okay, j’avoue avoir été un peu démunie, et je ne voulais pas me mettre à stresser et commencer à crier. Alors, j’ai essayé ma botte secrète 😉

J’ai pris un air coquin et le regardant droit dans les yeux et en s’approchant de lui à pas de loup. Il a vu dans mon regard que je voulais jouer, il est rentré de suite dans le jeu et a commencé à m’aboyer dessus. J’ai sursauté et continuant à avancer vers lui. Il a raboyé, j’ai sursauté de nouveau, ça l’a fait rire ! Idem jusqu’à ce que je l’attrape tel un monstre pour le croquer ! Lui, mort de rire. Je l’attrape et lui mordille le ventre etc. puis j’attrape ses vêtements et improvise un “karaté chaussette” version peignoir et pyjama… Il rigole de plus en plus et sa grande soeur également ! J’attrape ses vêtements et met son slip sur ma tête, son pantalon à mes bras, ses chaussettes en moufle… bref il rigolait beaucoup et j’en profitais pour lui demander : Ah oui c’est ici que ça se met, c’est comme ça ?? Et lui : Mais non c’est pas là… c’est comme ça en me montrant comment faire ;-).

bref, opération rondement menée ! Et ce n’est pas la première fois que j’utilise cette technique le matin et ça fonctionne vraiment bien.

D’ailleurs, au sujet du matin, vous pouvez aussi lire cet article : Dites Stop à la galère du matin.

Le jeu permet de débloquer beaucoup de situations qui sont ou qui deviennent conflictuelles.

C’est pourquoi je préconise la parentalité ludique et j’ai expliqué pourquoi dans un article invité sur le blog de Coline et Rémy petiteschassesautresor.com : 6 raisons de se mettre à la parentalité ludique.

Maintenant que vous savez tout ça, c’est à vous de choisir ;-).

Obéissance ou coopération ? Dites-le moi dans les commentaires : quel est votre choix ? Pourquoi et surtout Comment ?

3 thoughts on “Obéissance ou coopération ? A la lumière des neurosciences

  1. Bonjour !

    Merci pour votre blog ! J’ai bien sûr moi même choisi la coopération qui a transformé ma vie de maman et de personne en général d’ailleurs !

    Je tiens moi même un blog, labigsouris.com, je n’hésiterai pas à citer vos astuces pour soutenir certains de mes articles !

    A bientôt.

    La Big Souris

  2. Bonjour,
    Merci pour cet article qui me conforte dans l’idée que je me suis faite sur la bienveillance… C’est plus souvent mon compagnon qui doute. Nous avons un Petit Prince de 21 mois, adorable mais “turbulent” à la fois, comme beaucoup d’enfants. 🙂
    Mais son jeu du moment c’est de jeter ses jouets, et cela fait deja plusieurs mois que ça dure… donc ca nous agace de plus en plus même si on parvient à utiliser le stop et la coopération. Cela ne marche pas à tout les coups. À part la répétition et la patience, une autre astuce ?? 🙂

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